Fustat... La première et la plus ancienne capitale islamique
Traduit par / Zahraa Abdel Hakim
Fustat est considérée comme l’une des premières et des plus anciennes capitales islamiques, fondée après la conquête arabo-islamique de l’Égypte en 20 H/641 apr. J.-C. Située à environ deux mille du Caire actuel, sur la rive du Nil à son extrémité nord-est, elle se trouvait à proximité de la forteresse de Babylone, unique édifice existant dans la région à cette époque. Amr ibn al-ʿĀṣ choisit un site dépourvu de constructions, à l’exception de la forteresse romaine connue sous le nom de palais de cire de l’ancienne ville pharaonique de Memphis, pour y fonder la nouvelle capitale. Cette décision fut prise après que le calife ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb eut refusé de faire d’Alexandrie la capitale du pays, lui ordonnant plutôt d’ériger une nouvelle cité qui ne séparerait pas les musulmans en été comme en hiver.

Amr Ibn al-ʿĀṣ donna à la nouvelle cité le nom d’Al-Fustat et ordonna son édification afin qu’elle serve de base administrative du pays et de résidence pour l’émirat. Il y fit construire la mosquée ʿAmr Ibn al-ʿĀṣ, connue plus tard sous le nom de mosquée antique, sur les vestiges de la forteresse de Trajan, à proximité de Babylone. Autour de cette mosquée, les tribus arabes vinrent progressivement s’installer. La mosquée ʿAmr Ibn al-ʿĀṣ est considérée comme l’une des plus anciennes mosquées encore existantes dans le monde islamique, après la mosquée du Prophète à Médine. Amr Ibn al-ʿĀṣ choisit son emplacement auprès des ahl al-rāya (les Gens de la Bannière), une élite de soldats parmi les Émigrés (muhājirūn) et les Auxiliaires (anṣār) ayant participé à la conquête de l’Égypte.

La construction d’Al-Fustat connut une extension considérable : son développement sur la rive du Nil atteignit près de trois milles. Selon le géographe Ibn Ḥawqal dans son livre La Face de la Terre, son urbanisme pouvait être comparé à celui de Bagdad, capitale du monde islamique à cette époque.
La ville fut initialement formée à partir de douze plans ou quartiers attribués aux différentes tribus arabes. Ces quartiers s’étendaient du Nil à l’ouest jusqu’à ʿAyn al-Sīra à l’est, et de la montagne Yashkar au nord jusqu’à la montagne al-Raṣd, connue également sous le nom de Stable ʿAntar, au sud. Parmi ces plans figuraient les lignes d’Ahl al-Rāya, de Mahra, de Tujīb, de Lakhm, d’Al-Lafīf, d’Al-Ẓāhir et de Wāʿlān, ainsi que les plans persans, khawlān, al-Maʿāfir, romains, juifs et, enfin, coptes.
Au fil du temps, la structure urbaine d’Al-Fustat se consolida et atteignit son apogée au Xᵉ siècle apr. J.-C. / IVᵉ siècle H. Même après la perte de son statut de capitale au profit d’Al-ʿAskar (fondée en 133 H par les Abbassides), puis d’Al-Qaṭāʾiʿ (fondée en 256 H par Ibn Ṭūlūn), et enfin du Caire (fondé en 358 H), la ville demeura une référence urbaine et commerciale majeure.
La ville de Fustat disposait de postes de police chargés d’assurer la sécurité et la discipline, ainsi que d’un système d’éclairage par lanternes, instauré dès l’époque fatimide sous le règne d’al-ʿAzīz Billah et de son fils al-Ḥākim bi-Amr Allah. Trois siècles auparavant déjà, Fustat s’était dotée d’un service de pompiers pour lutter contre les incendies, mis en place sous le gouvernorat omeyyade de ʿAbd al-ʿAzīz ibn Marwān (65–85 H).
Par ailleurs, le creusement d’un ancien canal appelé canal de Trajan, reliant le Nil à la mer Rouge, contribua à dynamiser le commerce de Fustat. Bien qu’il eût été comblé au moment de la conquête islamique de l’Égypte, ʿAmr Ibn al-ʿĀṣ entreprit de le recreuser et il prit alors le nom de « Golfe du Commandeur des Croyants », permettant le transport de vivres et de céréales vers le Ḥijāz. Ce canal continua de jouer un rôle essentiel jusqu’en 1899 apr. J.-C., date à laquelle sa partie traversant Le Caire fut comblée et remplacée par la rue du Golfe égyptien, renommée en rue de Port-Saïd en 1957.

Al-Fustat possédait des ports commerciaux particulièrement prospères, comme le décrit Ibn Saʿīd al-Maghribī lors de son voyage en Égypte à l’époque ayyoubide : « Quant aux marchandises qui viennent de Fustat de la Méditerranée et de la mer Rouge, elles sont indescriptibles, et elles contiennent ce qu’on ne trouve pas au Caire, et c’est de là que le Caire et le reste du pays sont approvisionnés. »
La ville demeura florissante jusqu’à ce qu’elle soit menacée par les Croisés. En 565 H/1169 apr. J.-C., le roi croisé de Jérusalem, Amalric (Amaury), mena une expédition contre l’Égypte et parvint jusqu’à Fustat. Redoutant la chute de la ville, le vizir fatimide Shawār, ministre du calife al-ʿĀḍid li-Dīn Allah, ordonna d’y mettre le feu. L’historien al-Maqrīzī décrit l’incendie en ces termes : « Shawar envoya vingt mille flacons d’huile et dix mille torches enflammées, qui furent dispersées, et les flammes et la fumée s’élevèrent vers le ciel. Le spectacle était terrifiant, et l’incendie continua de ravager les demeures d’Égypte pendant cinquante-quatre jours entiers. »
Aujourd’hui, le site d’Al-Fustat se divise en deux parties : une partie orientale, adossée à la montagne Muqattam, où eut lieu l’incendie et qui ne conserve plus aucun bâtiment à l’exception de la mosquée ʿAmr Ibn al-ʿĀṣ et du palais de Cire, lieu de fouilles archéologiques ; et une partie occidentale, attenante au Nil, connue de nos jours sous le nom de Vieux Caire (Miṣr al-Qadīma).

La ville, connue aujourd’hui sous le nom de Quartier du Caire, l’un des plus anciens quartiers du Grand Caire, se distingue par la richesse de ses monuments archéologiques. On y trouve les fouilles des ruines de la ville de Fustat, le Nilomètre de l’île de Rawda, le palais de Manasterly et le palais de Muhammad Ali à Manial. Sous le signe de la grâce, de l’amour, de la paix et du dialogue entre les religions monothéistes, le quartier abrite également la synagogue Ben Ezra, plusieurs églises du Vieux Caire ainsi que la mosquée ʿAmr Ibn al-ʿĀṣ.

Fustat demeura la capitale florissante de l’Égypte pendant 113 ans, marquant une histoire de gloire urbaine et économique et constituant l’une des étapes les plus marquantes de l’histoire islamique en Égypte.
Sources
Le livre "Le Caire : ses plans et le développement urbain" écrit par l’historien Dr. Ayman Fouad.
Site du Ministère du Tourisme et des Antiquités