« Cham Al Nassim »… récit de la plus ancienne fête populaire en Égypte
L'Égypte antique avait connu des fêtes religieuses, sociales et agricoles, avec des rituels particuliers qui la distinguaient des autres civilisations antiques, dont la fête du printemps Cham Al Nassim, que les Égyptiens célèbrent depuis environ 2700 avant J.-C.
Cham Al Nassim fait partie des fêtes agricoles célébrées dans l'Égypte antique. Les Égyptiens, quelles que soient leurs croyances, la célèbrent. Force est de signaler que, d'une part, Cham Al Nassim coïncide avec la fête de la résurrection de Jésus, une fête de grande valeur pour les chrétiens égyptiens. D’autre part, il existe une certaine relation ancienne entre Cham Al Nassim et la Pâque juive. Il s’agit donc d'une fête toujours célébrée par tout le monde en Égypte jusqu’à présent.
L’appellation « Cham Al Nassim » est associée au calendrier agricole égyptien. Le mot « Chémou » signifie l'été. Il est à noter que l’ancien Égyptien divisait l’année en trois saisons liées au cycle agricole ; le Nouvel An égyptien commence avec la saison de l’inondation « Akhet », qui coïncide avec l’émergence de Sirius, la plus brillante des étoiles, le 19 juillet selon notre calendrier actuel.
Vient ensuite la période des semailles – la saison « Peret », qui commence en novembre, coïncidant avec l’apparition du sol après la fin de l’inondation, et enfin la saison « Chémou » l’été, qui commence en mars et se termine en juillet.
D’ailleurs, certains spécialistes de l’ancienne langue égyptienne expliquent que l’appellation « Cham Al Nassim » renvoie à une structure linguistique formée de quelques termes de l’ancienne langue égyptienne : « Chémou », qui signifie la récolte, « An », employé pour identifier un terme, et « Sim », qui fait référence aux plantes. C’est une indication claire de l’absence de toute modification du terme égyptien original. En outre, le terme « Nassim », brise en français, défini dans le dictionnaire comme un vent doux incapable de faire bouger un arbre, fait référence au climat tempéré d’une part et au début du printemps d’autre part.
Les scientifiques n’ont pas pu préciser la date exacte à laquelle les Égyptiens ont commencé à célébrer cette fête : certains pensent qu’elle a commencé à être célébrée à l'époque prédynastique, selon l'histoire de l'Égypte antique, tandis que d’autres estiment que Cham Al Nassim remonte à l’an 4000 avant J.-C. La majorité s’est finalement accordée sur le fait que sa célébration a commencé vers 2700 avant J.-C., c’est-à-dire à la fin de l’ère de la IIIe dynastie et au début de celle de la IVe dynastie. Il est primordial de signaler que ces opinions ne nient pas le fait que cette fête existait avant ces dates, même sous forme de fêtes plutôt non officielles.
La vie de l’ancien Égyptien n’était pas limitée aux pratiques religieuses, sans jouir des joies de la vie ni répandre le bonheur. En fait, il cherchait à mettre en valeur le bonheur en plusieurs occasions et dans de nombreux textes littéraires. Nous verrons un passage d'un ancien texte égyptien traduit en français par l’égyptologue Claire Lalouette. Dans cet extrait intitulé « Les chants du batteur jouant de la harpe », nous comprenons jusqu'à quel point l’ancien Égyptien veillait à répandre le bonheur dans sa vie ainsi que dans celle de sa famille. Voilà l’extrait :
« Passez une bonne journée, mêlez l’encens et l’huile fine pour votre nez, mettez des couronnes de lotus et de fleurs sur votre poitrine, tandis que votre aimable épouse est assise à côté de vous. Que les chants et les danses soient devant vous, et les soucis derrière. Souvenez-vous seulement de la joie, jusqu’à ce que le jour de s’installer dans le pays qui aime le silence arrive. »
La fête de Cham Al Nassim avait une valeur immense auprès des anciens Égyptiens en raison de leurs convictions concernant le commencement de la création. En fait, en ayant recours à des théories dans le cadre de leurs croyances religieuses, ils expliquaient comment l’univers était apparu.
La beauté de la nature était une autre expression de la philosophie du début de la création qui dominait la fête de Cham Al Nassim. Les Égyptiens étaient très enthousiasmés par son arrivée. Ainsi, les célébrations populaires et officielles étaient partout : le pharaon, les ministres et les grands y participaient. C’est la fête au cours de laquelle la vie est ravivée, les plantes sont renouvelées et les animaux sont stimulés pour la régénération de l’espèce. En bref, il s’agit d'une nouvelle création.
Les gens se dirigent en groupes vers les jardins, les parcs et les champs pour faire de l’exercice, respirer le parfum des fleurs et jouir des roses et de la brise, laissant derrière eux les soucis de la vie.
Les inscriptions égyptiennes ont toujours représenté des scènes mettant en valeur de nombreuses tables pleines de mets, parfois caractérisées même par l’extravagance, consacrées aux classes supérieures de la société égyptienne, à titre d’exemple : les ministres, les prêtres, les hauts fonctionnaires et les propriétaires terriens. Quant au reste, ils devaient attendre les fêtes pour jouir de la nourriture et des boissons qui leur plaisaient – et qui, certainement, convenaient à leur situation.
L’ancien Égyptien a fait en sorte que son menu pendant « Cham Al Nassim » comprenne un certain nombre d'aliments dont le choix n’était pas dû au hasard, mais avait plutôt une signification religieuse et intellectuelle associée à sa foi lors de la célébration de cette occasion, y compris des aliments de base tels que les œufs, le poisson salé (le fesikh), les oignons, la laitue et les pois chiches verts.
Selon la croyance religieuse égyptienne, l’œuf symbolise le renouvellement et le début d’une nouvelle création. Il est donc à l’origine de la vie de plusieurs générations – l’origine de toute création ainsi que le symbole de toute résurrection. L’Égyptien l’appelait « Suhat » et le mentionnait dans les papyrus de la littérature religieuse ancienne lorsqu’il croyait que Dieu « a créé la terre à partir d’argile sous la forme d’un œuf, et y a ajouté une âme pour que la vie commence ». Voilà la signification à la fois symbolique et religieuse pour laquelle ils offraient des œufs sur les tables d’offrandes.
L’importance de l’œuf est soulignée dans cet extrait de L’Hymne à Akhénaton, traduit par l’égyptologue M. Lalouette, où l’on glorifie Dieu :
« Tu donnes vie au fils dans le sein maternel, tu le mets en paix avec ce qui arrête les larmes. Tu es la nourrice de celui qui s’abrite encore dans le sein, tu donnes constamment le souffle pour donner vie à toute créature. Au moment où la créature sort de la matrice pour respirer, tu ouvres sa bouche complètement, tu offres ce qui lui est nécessaire. Le petit oiseau est dans son œuf, il pépie dans sa coquille, tu lui donnes le souffle à l’intérieur, tu lui donnes vie. Tu as ordonné pour lui un temps de gestation mesuré avec rigueur ; en le rendant complet, il brise sa coquille de l’intérieur, il sort de l’œuf, il pépie à l’instant fixé, il sort et marche sur ses pattes. »
Selon la croyance égyptienne antique, le dieu « Ptah » était le créateur de l’œuf d’où sortait le soleil. L’œuf était un symbole du soleil renouvelé chaque jour – la source de la vie. L’Égyptien inscrivait sur l’œuf ses propres souhaits. Ensuite, il plaçait l’œuf dans un panier en feuilles de palmier pour jouir de l’éclat de Dieu incarné dans la lumière du soleil le jour de la fête chaque année.
L’homme égyptien tenait à manger du poisson salé (le fesikh) lors de cette occasion, dès le début de sa sanctification du Nil, qu’il appelait « Hâpy » à partir de l’ère de la Ve dynastie. D’ailleurs, le fait de manger ce genre de poisson renvoie à des raisons idéologiques selon lesquelles la vie a été créée à partir d’un océan d’eau éternelle et sans limites. C’est à partir de cet océan que tous les êtres sont sortis ; venait ensuite la résurrection de la vie et l’établissement des lois de l’univers.
Les Égyptiens excellaient dans l’industrie du poisson salé. Ils consacraient des lieux semblables à des ateliers pour le préparer, comme en témoigne une inscription dans la tombe du ministre « Rekhmire » sous le règne de la XVIIIe dynastie. Il est indiqué dans le papyrus médical, le papyrus Ebers, que l’on prescrivait le poisson salé pour la prévention et le traitement de maladies telles que la fièvre printanière et le coup de chaleur.
Les Égyptiens accordaient une importance particulière à la consommation de la plante d’oignon, qu’ils appelaient « Basr », lors de la célébration de « Cham Al Nassim », à partir de l’ère de la VIe dynastie. D’après une ancienne légende, c’est grâce à cette plante qu’un jeune prince, atteint d’une maladie que même les médecins étaient incapables de traiter, fut guéri. On avait placé de l’oignon sous l’oreiller du prince. Au lever du soleil de ce jour, qui coïncidait avec la fête de Cham Al Nassim, il en avait inhalé l’odeur et fut guéri. Cela est alors devenu une tradition à laquelle les Égyptiens accordent un grand intérêt jusqu’à présent.
Le fait de manger de la laitue à cette occasion avait également une signification symbolique et idéologique, car cette plante était associée au dieu de la fertilité et de la reproduction « Min ». Le papyrus médical, le papyrus Ebers, indiquait également l’intérêt d’en consommer afin de traiter les maladies du système digestif.
Quant au pois chiche vert, connu à l’ère de l’Ancien Empire égyptien sous le nom de « Al-Malana », les Égyptiens l’appelaient « Hoor-bek ». Il signifie, du point de vue idéologique, le renouvellement de la vie, car le fruit du pois chiche, lorsqu’il est mûr, symbolise, pour les Égyptiens, l’arrivée du printemps, la saison de la régénération et de la prospérité de la vie.
Les anciens Égyptiens ont transmis la célébration de la fête des récoltes, « Cham Al Nassim », ainsi que tous ses rituels aux civilisations de l’Orient ancien sous le règne du roi Thoutmôsis III (1479-1425 avant J.-C.). Ses conquêtes militaires ont contribué à l’expansion géographique de l’Empire égyptien, d’une part – en effet, à cette époque, les frontières de l’État égyptien ont complètement changé – et, d’autre part, à la diffusion des coutumes et des traditions égyptiennes considérées comme étrangères pour ces civilisations. Force est de signaler que ces traditions existent toujours, même si elles portent des noms différents.
L’Égypte a promu ses croyances ainsi que ses célébrations avec la même pensée idéologique locale. D’ailleurs, la fête des récoltes portait le même concept de renouvellement de la vie et du début de la création chaque année dans les civilisations de l’Orient ancien ; en fait, les peuples de ces civilisations la considéraient comme le début d’une nouvelle année pour raviver la vie. Parmi ces civilisations, citons : la civilisation babylonienne, la civilisation perse et la civilisation phénicienne.
Cham Al Nassim est considérée comme la seule célébration qui a réuni les Égyptiens, quelles que soient leurs croyances religieuses, pendant des milliers d’années, sans jamais porter de teinte idéologique. La scène historique en Égypte favorise les représentations mentales qui ont dominé l’époque, après que cette terre avait été le premier centre de toute vie : la vie des dieux et la vie des humains. Tout commence à partir de ce point.
M. Lalouette disait à propos de la pensée égyptienne antique : « La foi pénétrait au plus profond de ce peuple ; en fait, tous les éléments de l’univers, à titre d’exemples : les êtres vivants ou inanimés, les humains ou les animaux, tout était une preuve d’un créateur divin… La religion est présente dans chaque élément de la civilisation égyptienne antique ; il s’agit d'une religion d’espoir et d’espérance. Ils considéraient la mort comme simplement un voyage vers une éternité divine et ils maintenaient la pratique des rites afin d’assurer leur survie infinie. »
« Pâque », « Résurrection » et « Cham Al Nassim »
La fête de Cham Al Nassim est considérée comme étroitement liée à la fête de la Pâque juive. Lorsque les Juifs quittèrent l’Égypte à l’époque du prophète Moïse (que la paix soit sur lui), ce jour coïncidait avec la célébration égyptienne du début de la création et du premier jour du printemps, qu’ils considéraient comme le début de leur année religieuse.
Ils ont appelé le jour de leur sortie « Pâque » (en hébreu « Pessah »), un mot qui signifie « passer » ou « traverser », dont est dérivé le terme « Paskha », en référence à leur salut et à leur libération lorsqu’ils ont sacrifié l’agneau pascal.
Ainsi, la Pâque hébraïque a coïncidé avec la fête égyptienne de la création (Cham Al Nassim). Par la suite, cette fête a été transmise au christianisme en raison de sa concordance avec la date de la « Résurrection du Christ ». Lorsque le christianisme s’est répandu en Égypte, cette fête est devenue associée à celle des anciens Égyptiens et se célèbre toujours le lundi suivant le dimanche de Pâques (la Résurrection). Cela est mentionné dans l’ouvrage « Mukhtasar al-Umma al-Qibtiyya ».
Quant à « Cham Al Nassim », il s’agit d’une ancienne fête nationale adoptée par les Coptes au début du printemps pour marquer le début de leur année civile non agricole.
Sources :
- La langue égyptienne ancienne, par le Dr Abdel Halim Nour El-Din
- Site de BBC en arabe